Une fois encore, le président Ndayishimiye a choisi la tribune solennelle de son discours de Nouvel An aux forces de sécurité pour raviver une rhétorique hostile à l’égard du Rwanda. Dans un ton alarmiste, il a désigné le voisin du Nord comme une menace persistante, l’accusant de nourrir des projets déstabilisateurs dans la région, notamment en République démocratique du Congo.
Une sortie martiale qui s’inscrit dans la continuité d’un discours belliqueux devenu presque rituel.
Pourtant, derrière ces déclarations aux accents guerriers, de nombreux observateurs voient moins une analyse stratégique qu’une manœuvre politique.
Selon l’analyste politique et juriste Tite Gatabazi, dans les colonnes du journal IGIHE, cette posture sert avant tout à détourner l’attention d’une situation intérieure de plus en plus fragile.
Gouvernance contestée, corruption endémique, pénuries de denrées de base et de carburant minent le quotidien des Burundais. Faute de réponses concrètes, le pouvoir trouverait dans la désignation d’un ennemi extérieur un moyen commode de souder la population autour de la peur plutôt que de l’espoir.
Le chef de l’État n’a pas hésité à affirmer que le Burundi serait prêt à toute éventualité militaire, promettant une riposte implacable à quiconque oserait l’attaquer.
Mais ces déclarations bravaches contrastent avec la réalité du terrain.
D’après Gatabazi, l’armée burundaise souffre de profondes divisions internes, de pratiques de népotisme dans la formation et d’un détournement des ressources qui empêche toute modernisation sérieuse de l’équipement militaire.
En clair, beaucoup de mots, peu de moyens.
Les récents déboires des troupes burundaises déployées dans l’Est de la RDC en témoignent. Engagées aux côtés des forces congolaises et de groupes armés controversés, elles n’ont pas atteint leurs objectifs face aux combattants du M23, suscitant même l’agacement du président congolais Félix Tshisekedi.
Un revers qui affaiblit encore la crédibilité du discours de fermeté de Bujumbura.
La dépendance politique et sécuritaire du Burundi vis-à-vis de Kinshasa complique par ailleurs toute détente avec Kigali.
Depuis janvier 2024, les frontières avec le Rwanda restent fermées, sur fond d’accusations de soutien à des groupes rebelles, accusations systématiquement rejetées par Kigali.
En retour, le Rwanda reproche au Burundi sa complaisance envers les FDLR, groupe armé hostile à sa sécurité.
Ainsi, la rhétorique incendiaire de Ndayishimiye apparaît moins comme le prélude à un conflit que comme un écran de fumée.
Une stratégie de diversion destinée à masquer les failles internes du pouvoir, tout en repoussant les choix politiques courageux qu’exigerait une véritable désescalade régionale.

