Ces dernières semaines, le Burundi a été confronté à une situation pour le moins préoccupante : une véritable cacophonie dans sa communication institutionnelle.
Sur des dossiers sensibles, notamment la présence militaire à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) et les relations diplomatiques avec le Qatar, des propos contradictoires émanant de différentes autorités ont semé la confusion, tant au niveau national qu’international.
L’un des épisodes les plus révélateurs concerne le déploiement des forces burundaises en RDC.
Le 17 décembre 2025, l’ambassadeur burundais auprès de l’Union européenne, Thérence Ntahiraja, s’exprimait devant le Parlement européen à Bruxelles, affirmant que l’armée burundaise avait retiré ses troupes après la signature de l’Accord de Washington entre Kigali et Kinshasa, dans le respect de cet engagement.
Selon lui, ce retrait expliquait la progression du M23 jusqu’à Uvira, tandis que l’intervention de l’armée burundaise se limitait au cadre d’un accord bilatéral visant à neutraliser les groupes armés hostiles.
À peine quelques semaines plus tard, la version officielle semblait changer radicalement.
Le 2 janvier 2026, Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, déclarait publiquement que les militaires burundais étaient toujours présents en RDC et que l’accord en question autorisait leur intervention.
Cette divergence flagrante entre un diplomate accrédité à l’international et un leader politique national a provoqué un émoi immédiat sur les réseaux sociaux et a mis l’opinion publique dans l’embarras : qui reflète réellement la position officielle de l’État burundais ?
Cette incohérence s’est étendue à d’autres domaines de la communication diplomatique.
Le 3 janvier 2026, le ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, a publié un message sur les réseaux sociaux accusant le Qatar d’avoir un rôle « négatif » dans le processus de médiation en RDC, en influençant les États-Unis.
Ce tweet, largement partagé, a provoqué un tollé diplomatique, exposant le Burundi à des tensions avec un partenaire stratégique.
Face à cette controverse, le président Ndayishimiye est intervenu le 4 janvier pour clarifier la position officielle, saluant le rôle du Qatar et réaffirmant l’importance des bonnes relations bilatérales.
Ce geste, bien accueilli à Doha, a néanmoins mis en évidence la vulnérabilité du pays face à des communications mal coordonnées, même issues des plus hauts niveaux du gouvernement.
Les réactions politiques internes témoignent d’une inquiétude profonde.
Olivier Nkurunziza, président du parti UPRONA, a critiqué les contradictions récentes et appelé à une communication claire et responsable. Selon lui, les divergences entre représentants de l’armée, diplomates et responsables politiques peuvent non seulement désorienter la population, mais aussi nuire à l’action gouvernementale.
Il plaide pour que les informations sensibles, notamment sur la présence militaire burundaise en RDC, soient diffusées uniquement par le président ou par des porte-parole habilités, afin de garantir transparence et cohérence.
Sur le dossier du Qatar, il a salué la réactivité du chef de l’État pour éviter une crise diplomatique majeure.
D’autres voix mettent en lumière le problème structurel de la communication.
Gaspard Kobako, président de l’AND, rappelle que l’État dispose de multiples canaux officiels — ministères, forces de défense, partis politiques — précisément pour éviter les dissonances. Or, ces derniers jours, les messages divergents ont persisté, illustrant un déficit de coordination.
Selon lui, ces contradictions peuvent avoir de lourdes conséquences : tensions diplomatiques, isolement international, divisions internes et ralentissement des politiques publiques.
Kobako souligne que, face à des enjeux aussi sensibles que la sécurité nationale et les relations régionales, la parole de l’État devrait être cohérente, apaisante et réfléchie.
Kefa Nibizi, autre observateur, insiste sur le fait qu’un parti politique ne peut se substituer aux structures officielles en matière de défense nationale.
Les communications contradictoires, selon lui, reflètent un déficit de concertation et risquent de miner la crédibilité de l’État.
Il rappelle que la diplomatie exige retenue et mesure, et que des dérapages, comme ceux du ministre des Affaires étrangères, nécessitent une correction immédiate par le président pour éviter des tensions évitables.
Nibizi met en garde contre la répétition de tels incidents, soulignant que la crédibilité du Burundi sur le plan international repose sur la cohérence et le professionnalisme de ses responsables.
Cette série de contradictions interroge profondément sur la capacité des institutions burundaises à assurer une communication claire sur des sujets stratégiques. Le contraste entre des déclarations contradictoires et la nécessité d’une parole officielle unifiée illustre une tension permanente entre logiques partisanes, impératifs diplomatiques et responsabilités étatiques.
Dans un contexte régional fragile, où la stabilité de l’Est de la RDC et les relations avec des partenaires internationaux comme le Qatar sont en jeu, la cohérence de la communication n’est pas un simple détail : elle conditionne la crédibilité, la sécurité et la légitimité du Burundi.
Pour la Coalition pour la Renaissance de la Nation, CRN – Ingeri ya Rugamba, alors que le Burundi s’achemine vers les échéances politiques de 2027 et affiche des ambitions de développement à long terme, il devient indispensable de rétablir une communication officielle cohérente, crédible et structurée, capable de rassurer la population et de protéger l’image diplomatique du pays.
La coalition estime qu’à défaut d’une telle rigueur, les incohérences répétées pourraient fragiliser les institutions, accentuer les tensions internes et compliquer la gestion des crises régionales.
Selon la CRN – Ingeri ya Rugamba, le Burundi se trouve aujourd’hui à un tournant décisif : entre désordre communicationnel et cohérence stratégique, le choix qui sera opéré pèsera lourdement sur sa stabilité intérieure et sa crédibilité sur la scène internationale.

