La gouvernance sanitaire à la croisée des chemins

La récente décision du Conseil des ministres de confier aux administrateurs communaux la nomination des médecins chefs de district et des directeurs d’hôpitaux marque un tournant majeur dans la gouvernance du système de santé.

 

Jusqu’ici relevant de la chaîne hiérarchique technique du ministère de la Santé publique, ces fonctions stratégiques basculent désormais dans l’escarcelle de l’autorité administrative locale.

 

Une réforme présentée comme un pas vers plus de proximité, mais qui soulève de profondes interrogations.

 

Officiellement, l’objectif est clair : rapprocher la décision des citoyens. En confiant ces nominations à des responsables communaux, le gouvernement espère renforcer la redevabilité des cadres sanitaires envers les populations qu’ils servent.

 

L’argument est séduisant.

 

Les administrateurs, mieux au fait des réalités locales, pourraient choisir des profils adaptés aux besoins spécifiques de leurs territoires, accélérer les procédures et combler plus efficacement les pénuries de personnel médical. La décentralisation, dans cette logique, devient un levier de performance et d’équité.

 

Mais derrière cette ambition affichée se dessine une inquiétude largement partagée : celle d’une politisation progressive d’un secteur qui exige, plus que tout autre, rigueur et compétence.

 

Les risques évoqués par de nombreux observateurs sont concrets.

 

Des nominations dictées par l’allégeance politique plutôt que par le mérite, des ingérences dans les choix médicaux, ou encore des conflits d’autorité entre administration communale et hiérarchie technique du ministère pourraient fragiliser l’ensemble du système. Dans un domaine où chaque décision engage des vies humaines, l’erreur de casting n’est pas une simple faute administrative, elle peut devenir un drame.

 

Le principe selon lequel la santé ne doit pas être instrumentalisée politiquement s’impose comme une évidence. La gestion d’un hôpital ou d’un district sanitaire requiert une expertise pointue, une expérience solide et une indépendance professionnelle. Si les postes deviennent des récompenses politiques, la qualité des soins risque inévitablement de se dégrader, au détriment des populations les plus vulnérables.

 

Des pistes existent pourtant pour éviter cet écueil.

 

L’instauration de critères de sélection stricts fondés sur le mérite, la mise en place de comités pluralistes associant professionnels de santé et société civile, ou encore un système de double validation entre communes et ministère pourraient offrir des garanties crédibles.

 

Une protection statutaire contre les révocations arbitraires serait également indispensable pour préserver l’autonomie des responsables sanitaires.

 

L’expérience d’autres pays, comme le Kenya, montre que la décentralisation peut fonctionner lorsqu’elle est encadrée par des mécanismes institutionnels solides. Là-bas, les nominations passent par un organe technique censé garantir la transparence, même si des dérives persistent.

 

Au fond, la réforme ne sera ni un succès ni un échec en soi : tout dépendra des garde-fous qui l’accompagneront. Sans eux, la promesse de proximité pourrait rapidement se transformer en désillusion, et la santé publique devenir la victime collatérale des jeux politiques.