La nuit du 18 décembre 2025 a révélé l’ampleur d’une crise que le centre de transit de Gatumba ne parvient plus à contenir. Dans cette enclave surpeuplée de la frontière burundo-congolaise, où s’entassent plus de 25 000 personnes ayant fui les combats entre l’armée congolaise et le M23, un déchaînement de violence policière a brusquement exposé la fragilité d’un dispositif humanitaire au bord de la rupture.
Plusieurs réfugiés ont été passés à tabac et détenus, et au moins une personne a perdu la vie.
L’affrontement s’est produit alors que des familles refusaient d’être transférées vers d’autres camps, redoutant un déplacement forcé et des conditions qu’elles jugent déjà indignes.
Depuis leur arrivée, moins de deux semaines auparavant, ces réfugiés originaires du Sud-Kivu vivent dans un huis clos marqué par la faim, la privation et la peur.
Les tentatives de quitter le centre seraient systématiquement empêchées, transformant le site en un espace sous contrainte davantage qu’en un lieu de secours. Beaucoup affirment vouloir rentrer volontairement en RDC, même dans l’incertitude d’une frontière parfois fermée, tant la détresse quotidienne semble insoutenable.
Les conditions sanitaires y sont alarmantes.
L’absence d’eau potable, de médicaments et d’une alimentation minimale plonge des milliers de personnes dans une vulnérabilité extrême. Les rations distribuées sont dérisoires et ne couvrent pas les besoins élémentaires.
À cela s’ajoute l’émergence d’une épidémie de choléra qui gagne dangereusement du terrain. Plus de quarante cas ont été officiellement recensés en quelques jours, et des décès sont signalés faute de prise en charge adéquate.
Dans un espace où l’hygiène est quasi inexistante, la propagation de la maladie pourrait s’accélérer et transformer la crise humanitaire en véritable catastrophe sanitaire.
Certains réfugiés, tentant de regagner leur pays par d’autres voies, se heurtent à des obstacles administratifs qu’ils n’ont aucun moyen de franchir.
Les documents exigés pour voyager sont inaccessibles à des familles qui ont fui dans la précipitation, dépourvues de ressources et parfois même de nourriture.
Face à cette situation, les organisations de la société civile congolaise appellent à une mobilisation urgente.
Elles demandent l’envoi d’une mission humanitaire, l’ouverture d’un couloir sécurisé pour le retour volontaire, une enquête indépendante sur les violences policières et une intervention internationale immédiate contre l’épidémie de choléra.
Leur appel reflète un désarroi croissant et une exigence de responsabilité, alors que le nombre de réfugiés augmente de jour en jour dans une région bouleversée par des affrontements persistants.
Cette crise s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement volatile.
Depuis la prise d’Uvira par le M23 le 9 décembre, les mouvements de population s’intensifient.
La région est prise dans un enchevêtrement d’accusations entre Kinshasa, Bujumbura et Kigali, tandis que les forces rebelles, intégrées à de nouvelles alliances politiques et militaires, étendent leur influence.
Le Burundi, qui soutient les forces congolaises, doit simultanément gérer l’afflux massif de personnes fuyant les combats : plus de 70 000 en moins d’un mois.
À Gatumba, la crise humanitaire s’ajoute ainsi à une crise sécuritaire et politique d’une ampleur régionale.
Elle illustre les conséquences directes des recompositions armées dans l’Est de la RDC et rappelle l’urgence d’une réponse coordonnée qui dépasse le cadre national.
Sans intervention rapide, la situation pourrait encore s’aggraver et entraîner des drames plus nombreux dans un centre déjà au bord de l’effondrement.

