Corruption au Burundi, l’impensé qui ronge l’avenir

L’analyse de l’économiste burundais André Nikwigize tombe comme un rappel incisif d’une réalité que plus personne ne parvient à ignorer. Malgré les discours d’ouverture et les gestes de transparence du président Ndayishimiye, la corruption continue de s’étendre dans presque tous les rouages de l’État.

 

Elle infiltre l’exportation des minerais et du café, plombe l’attribution des marchés publics, s’immisce dans l’administration locale, l’armée, la police.

 

Rien ne semble lui résister. Et c’est tout un pays qui en paie le prix.

 

Ce paradoxe entre un chef de l’État prompt à dénoncer les détournements et des pratiques qui explosent année après année nourrit un malaise grandissant.

 

Le président affirme connaître les auteurs des malversations, répète qu’il tient une liste de ceux qui siphonnent les ressources publiques. Pourtant, aucune sanction majeure, aucun procès exemplaire, pas même une suspension sérieuse.

 

Cette absence d’actes ferme la porte à l’illusion d’un changement rapide.

 

Pendant ce temps, le pays s’enfonce dans les classements internationaux et affiche aujourd’hui la moins bonne note de toute l’Afrique de l’Est en matière de perception de la corruption.

Selon plusieurs experts, les pertes annuelles dépasseraient 200 millions de dollars.

 

Sur une décennie, cela représente l’équivalent de deux milliards envolés.

 

C’est vertigineux. On imagine aisément ce que de telles sommes auraient pu signifier dans un pays où la pauvreté gagne toujours du terrain: des fertilisants accessibles, des semences de qualité, des écoles construites, des centres de santé équipés.

 

Au lieu de cela, l’image du Burundi se détériore auprès de ses bailleurs, les investisseurs se tiennent à distance, et les citoyens sont priés de croire à des promesses de prospérité portées par l’exploitation minière, promesses qui peinent à s’ancrer dans le réel.

 

Pour Nikwigize, la lutte contre ce fléau ne pourra fonctionner que si chaque acteur joue son rôle.

 

Le pouvoir exécutif doit engager des réformes profondes, rétablir l’équité dans la fonction publique, former les agents, introduire de véritables exigences d’intégrité dans les marchés publics, protéger les plus vulnérables et sanctionner sans distinction la grande comme la petite corruption.

 

Un travail patient, presque culturel, qui commence dès l’école et exige une exemplarité politique sans faille.

 

Les instruments existent: Constitution, Cour anticorruption, Inspection générale de l’État, Cour des comptes, Commission des marchés publics. Mais ils opèrent comme des institutions aux ailes liées, incapables de remplir leur mission tant que leur indépendance réelle reste compromise par le pouvoir politique.

 

La société civile et les médias, malgré des années de pressions et de risques personnels, demeurent les derniers remparts de la transparence.

 

Leurs alertes répétées rappellent qu’un État ne peut fonctionner correctement sans contre-pouvoirs.

 

Quant aux partenaires internationaux, ils ne peuvent plus fermer les yeux sur la destination de leurs financements, souvent perdus dans les méandres d’un système opaque.

 

L’absence de réaction nourrit d’ailleurs les soupçons de complaisance.

Au fond, ce que pointe cette analyse, c’est une urgence.

 

Tant que le Burundi ne parvient pas à affronter frontalement la corruption, aucune promesse de développement ne tiendra debout.

 

La stabilité, la confiance, l’avenir se jouent précisément là: dans la capacité du pays à rompre avec ce qui le saigne depuis trop longtemps.